Vêtements traditionnels du Yémen : une mosaïque régionale
Les vêtements traditionnels du Yémen forment un répertoire de tenues très différentes selon les régions : un œil averti devine souvent d'où vient quelqu'un à l'allure de sa ceinture, à la forme de sa tunique ou à la teinte de son voile. Le pays réunit des hauts plateaux froids, des plaines côtières brûlantes, des vallées en terrasses et un désert, et l’habillement a suivi ces différences.
Depuis plus de dix ans, le conflit armé et la crise économique ont bouleversé la vie quotidienne et le commerce des étoffes. Les paragraphes qui suivent décrivent des traditions établies, sans prétendre dire ce qu’on trouve aujourd’hui sur chaque marché : l’approvisionnement et les circulations varient selon les zones.
Le Yémen est aussi un pays de cotons teints à l’indigo, de laines tissées, de cuirs travaillés et d’argent ciselé, tous matériaux qui nourrissent un artisanat reconnu.
Pour décrire cet héritage, on parle volontiers de costume yéménite au singulier, alors qu’il s’agit en réalité d’un ensemble de traditions voisines. Les vêtements traditionnels de Sanaa, d’Aden, de Taez ou de Mukalla racontent des histoires de commerce, de religion et de voisinage différentes.
Futa, zanna et janbiya : les vêtements traditionnels des hommes
Dans le sud et sur la côte, l’homme porte la futa, pièce de tissu enroulée autour de la taille, souvent à carreaux, avec une chemise. Dans les hautes terres du nord, on voit davantage la zanna, longue tunique, parfois recouverte d’une veste, et le pantalon sous la tunique. La ceinture de cuir ou de tissu serre la taille et soutient la janbiya, poignard courbe porté à l’avant, symbole de statut plus que d’arme.
La tête est couverte d’une imama, turban noué en plis serrés, ou d’une calotte de coton. Les couleurs et les nœuds ont longtemps indiqué l’appartenance à une tribu ou à une famille. Les hommes de l’Hadramaout, habitués au commerce océanique, portent un sarong et une chemise légère, influencés par les échanges avec l’Inde et l’Asie du Sud-Est.
Dans les villages, les petits endossent des modèles à leur taille, avec une ceinture miniature et, parfois, une fausse janbiya, dès les jours de fête. Les jeunes citadins, eux, adoptent plus souvent le pantalon et la chemise au quotidien, et gardent la futa ou la zanna pour les grandes occasions.
Sitara, balto et madhalla : les tenues yéménites des femmes
À Sanaa, les femmes mariées portaient traditionnellement la sitara, grand tissu de coton imprimé de motifs colorés obtenus par teinture à la réserve, drapé comme un voile sur une robe longue. Par-dessus, elles passent un manteau noir, le balto, et un voile de visage dans la rue. Chez elles, les robes sont plus vives, brodées de fil d’argent, de sequins ou de motifs floraux.
Dans la Tihama, la plaine côtière, les femmes aiment les couleurs franches : robes rouges ou orangées, voiles de coton à frange, et la madhalla, grand chapeau de paille tressé qui protège du soleil. L’Hadramaout a ses propres robes brodées de géométries serrées, ses voiles noirs et ses chapeaux de paille, tandis qu’Aden a longtemps été marquée par les influences indiennes et britanniques.
Les pratiques de voilement diffèrent selon les familles, les villes et les générations, et les savants ne s’accordent pas tous sur le détail ; chaque femme suit les usages de sa communauté et de ses convictions.
Les couleurs des robes d’intérieur ont une grande importance : le rouge, le vert et l’orangé dominent dans la Tihama, tandis que le noir sert en ville de couleur de sortie. Les voiles brodés d’une fine bordure dorée se réservent aux visites familiales et aux cérémonies.
Les fillettes portent de petits foulards colorés, et la première coiffe d’une adolescente est souvent un cadeau de sa mère ou de sa grand-mère, qui lui transmet à cette occasion les gestes de pose.
Climat et étoffes : de la montagne à la Tihama
Les hauts plateaux, vers Sanaa, connaissent un climat tempéré en journée et frais la nuit, d’où l’usage de vestes de laine et de châles. En Tihama, la chaleur humide pousse à choisir le coton léger et les chapeaux de paille. L’Hadramaout, sec et chaud, aime les tuniques blanches et les foulards de coton.
Les étoffes les plus anciennes sont le coton local, le lin importé, la laine tissée et le cuir ; l’indigo donne aux tissus un bleu profond que l’on a longtemps associé à Sanaa. Les ateliers de tissage manuel, en particulier dans les provinces rurales, produisent des pagnes et des turbans de qualité.
Les ceintures brodées et les bijoux d’argent, colliers, bracelets et pendentifs, complètent les tenues féminines. Ils se transmettaient de mère en fille, souvent comme part de la dot.
Les tailleurs et les brodeuses utilisent des machines à pédale aussi bien que des aiguilles à la main ; certaines broderies demandent plusieurs semaines de travail.
Occasions : mariages, Aïd et cérémonies
Les mariages yéménites sont de grands événements. Le henné, les chants et les danses précèdent la cérémonie, et la mariée revêt des robes d’apparat brodées, parées de bijoux d’argent. Les invités portent leurs plus beaux habits, et les hommes y arborent la janbiya.
À l’Aïd, on étrenne des vêtements neufs, en particulier pour les enfants. Dans les zones rurales, le tailleur ou l’ouvrière à domicile travaille intensément les semaines précédentes, ce qui rappelle que le vêtement de fête se fait souvent sur mesure.
Les marchands de tissus pèsent ou mesurent les étoffes à l’aide d’une règle de bois, et la négociation fait partie du plaisir du marché, comme dans tout le monde arabe.
Marchés et savoir-faire : où se faisait le commerce des étoffes
Dans la vieille ville de Sanaa, inscrite au patrimoine mondial, le marché du sel, souk al-Milh, rassemble des étals de tissus, de ceintures, de bijoux et de vêtements. À Aden, le quartier de Crater a toujours été un lieu d’échange de textiles venus d’Inde et d’ailleurs. À Seiyun et à Tarim, dans l’Hadramaout, les couturiers sont réputés pour leurs broderies.
Aujourd’hui, l’accès à ces marchés dépend de la situation locale. Les personnes qui souhaitent acheter des pièces yéménites passent souvent par des boutiques de la diaspora ou des artisans qui travaillent à distance, ce qui impose de vérifier l’origine et les conditions de vente.
Ces initiatives aident les jeunes générations nées hors du pays à se représenter les tenues de leurs grands-parents et à comprendre pourquoi chaque région a sa manière de se vêtir.
Transmettre le costume yéménite aujourd’hui
Beaucoup de Yéménites vivant à l’étranger conservent leurs tenues pour les fêtes et les mariages communautaires, et les associations culturelles organisent des défilés de costumes. La janbiya, la sitara et les bijoux d’argent y sont des repères identitaires importants.
Pour qui veut se familiariser, les musées d’ethnographie et les collections de textiles d’Asie et de l’océan Indien offrent des exemples de pièces anciennes. La consultation de ces collections permet de comprendre la richesse des motifs et des techniques.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la futa ?
C’est une pièce de tissu enroulée autour de la taille, portée par les hommes du sud et de la côte yéménite, souvent à carreaux. Elle se combine avec une chemise ou une veste, et convient particulièrement bien aux climats chauds.
À quoi sert la janbiya ?
La janbiya est un poignard courbe porté à la ceinture par les hommes de nombreuses régions du Yémen. Elle sert surtout de signe d’appartenance sociale et de parure lors des cérémonies, davantage que d’arme dans la vie quotidienne.
Qu’est-ce que la sitara ?
La sitara est un grand tissu de coton imprimé ou teint, aux motifs colorés, porté par les femmes de Sanaa comme voile sur une robe. Elle fait partie des textiles les plus emblématiques de la capitale.
Les tenues varient-elles beaucoup selon les régions ?
Oui, énormément. Les hautes terres, la Tihama, Aden et l’Hadramaout ont chacune leurs coupes, leurs couleurs et leurs coiffures. On reconnaît souvent une origine à la ceinture, au turban ou au chapeau de paille.
