Tesettür : de quoi parle-t-on ?
Les vêtements musulmans en Turquie désignent d’abord le tesettür, mot turc qui signifie littéralement le fait de se couvrir et qui renvoie à un habillement pudique associé à la religion. Le terme ne se limite pas au foulard : il englobe le manteau long, la jupe ou le pantalon ample, la tunique, et l’ensemble des accessoires qui vont avec. Il est devenu, dans le vocabulaire des magasins, une catégorie à part entière, au même titre que « sportswear » ou « tailleur ».
Cette catégorie est apparue comme une branche de la mode à partir des années 1980, quand de nombreuses femmes venues des campagnes se sont installées en ville et que l’éducation supérieure s’est ouverte à elles. Aujourd’hui, les boutiques turques proposent aussi bien des tenues sobres pour le bureau que des collections de soirée, et les grandes marques organisent des défilés réguliers.
Dans ce vocabulaire, le mot « tesettür » n’est ni une marque ni un label : il décrit une manière de s’habiller, que chaque femme interprète à sa façon, et qui n’implique ni uniforme ni couleur imposée.
Eşarp, pardesü et tunik : la mode musulmane turque
L’eşarp désigne le foulard carré, plié en triangle et noué ou épinglé sous le menton ; le başörtüsü est le terme plus général pour le voile porté sur la tête. Le pardesü est un manteau long, léger, qui se porte du printemps à l’automne ; on trouve aussi le ferace, ample manteau de cérémonie, et la tunik, chemise longue portée sur un pantalon.
Les femmes choisissent des tonalités très variées : couleurs douces au printemps, imprimés pour l’été, tons sombres pour l’hiver. On travaille surtout le crêpe, la viscose, le lin ou le coton, parfois doublés de polyester. Les voiles de soie de Bursa, ville historique du textile, sont particulièrement recherchés.
Un détail apprécié des acheteuses : de nombreuses boutiques turques proposent des voiles pré-noués ou à enfiler, qui font gagner un temps précieux le matin, et des bonnets de coton à glisser sous le voile pour éviter qu’il ne glisse.
Les opinions diffèrent à l’intérieur de la Turquie sur les couleurs, les longueurs et la forme du voile ; les boutiques répondent à cette variété en proposant des gammes très larges, sans imposer de modèle.
Les hommes : şalvar, cübbe et takke dans les vêtements musulmans
Les hommes turcs s’habillent le plus souvent à l’occidentale, mais les fêtes religieuses et la prière du vendredi donnent lieu à des tenues spécifiques. La cübbe est une longue robe ouverte devant, portée par certains imams et prédicateurs ; la takke est une calotte de prière blanche, en coton ou en dentelle ; l’entari désigne une longue tunique traditionnelle. Le şalvar, pantalon large resserré aux chevilles, appartient surtout à la tradition rurale.
Dans les magasins de vêtements musulmans pour hommes, on trouve aussi des chapelets, des turbans de prière et des gilets brodés. Les ensembles pour le pèlerinage, ihram compris, se vendent dans des rayons dédiés dans certains quartiers commerçants d’Istanbul.
Istanbul, Bursa, Kayseri : les villes de la couture couvrante
À Istanbul, les quartiers de Fatih, d’Aksaray et de Laleli concentrent grossistes et détaillants, avec des rues entières consacrées aux manteaux, aux voiles et aux abayas. Le Grand Bazar, plus touristique, propose surtout des foulards en soie et des châles. Bursa, ancienne capitale ottomane, est célèbre pour sa soie et ses voiles ; Kayseri est connue pour ses ateliers de confection de vêtements couvrants.
Plusieurs enseignes turques, comme Armine ou Tekbir, ont fait de la mode musulmane une marque de renommée internationale, avec des boutiques dans de nombreux pays. Elles lancent des collections saisonnières, présentées sur des plateformes en ligne.
Les boutiques turques de quartier ne vendent pas de la même manière : à Istanbul, on achète souvent à la pièce, tandis que chez les grossistes la vente est proposée en lot. Le client étranger y repère vite la différence entre prix de détail et prix de gros.
Pour un séjour de quelques jours, une promenade d’Eminönü à Fatih en passant par les rues commerçantes suffit à se faire une idée des gammes, des coupes et des étoffes avant d’acheter.
Chaleur égéenne, hiver anatolien : quelles matières ?
La Turquie couvre des climats très différents : la côte de la mer Égée et de la Méditerranée est chaude et sèche en été, la mer Noire est humide, et l’Anatolie centrale connaît des hivers froids et neigeux. Les tenues islamiques s’adaptent : lin et coton fin sur la côte, laine et gabardine épaisse sur le plateau.
Pour voyager, il est utile de combiner un pardesü léger avec une veste matelassée en hiver, et de prévoir plusieurs voiles de matières différentes. En été, le crêpe de viscose est apprécié pour sa tombée, mais se froisse ; le coton est plus facile à entretenir.
Les enfants ne sont pas oubliés : les boutiques de quartier vendent des robes de fête, des gilets brodés et des petits costumes de circoncision, le sünnet, tradition appréciée de nombreuses familles.
Bayram, mariages et soirées
Le Ramazan Bayramı et le Kurban Bayramı sont les grandes fêtes de l’année et les moments de forte consommation : les familles achètent des tenues neuves pour les enfants, et les magasins annoncent des collections spéciales. Le henna night, kına gecesi, qui précède le mariage, donne lieu à des robes brodées de rouge ou de couleurs vives.
Les soirées de mariage mêlent robes longues, parfois pailletées, et voiles en soie. De nombreuses couturières indépendantes ont fait de ces occasions leur spécialité ; elles reçoivent les clientes sur rendez-vous pour des essayages.
Les fêtes familiales s’accompagnent souvent de tenues assorties pour les sœurs ou les cousines, une habitude qui nourrit la demande de tissus au mètre dans les grands bazars.
Voile et institutions : un repère historique
Le port du foulard a connu, en Turquie, des restrictions dans les universités et la fonction publique pendant plusieurs décennies. Elles ont été levées progressivement : à l’université à partir de 2010, dans l’administration en 2013, puis dans les lycées en 2014. Aujourd’hui, le foulard est visible dans tous les secteurs de la vie publique.
Ce contexte explique la vigueur du secteur : une génération entière de femmes est devenue clientèle, avec ses attentes de qualité et de style.
Acheter en Turquie : consommation et précautions
Le ministère du Commerce supervise la protection des consommateurs, et les commissions d’arbitrage des consommateurs, les Tüketici Hakem Heyetleri, traitent les litiges de moindre importance. Lors d'une commande sur internet, on examinera les conditions de renvoi et le tableau des tailles, car les modèles turcs taillent parfois plus près du corps que les européens.
Les visiteurs qui souhaitent rapporter plusieurs pièces doivent penser aux règles douanières de leur pays, qui encadrent la valeur et la quantité des marchandises importées. Cette indication reste générale.
Questions fréquentes
Que signifie tesettür ?
Le mot turc tesettür désigne l’habillement couvrant associé à la pratique religieuse : foulard, manteau long, tunique et pantalon ample. Il sert aussi de nom de catégorie dans les boutiques turques, qui y rangent toute leur gamme pour les femmes voilées.
Où acheter des vêtements couvrants à Istanbul ?
Les quartiers de Fatih, Aksaray et Laleli comptent de nombreux commerces de détail et de gros. Les enseignes connues ont aussi des magasins dans les centres commerciaux, et beaucoup vendent en ligne avec livraison à l’étranger.
Quelle est la différence entre eşarp et başörtüsü ?
L’eşarp est le foulard carré, souvent en soie ou en viscose, plié en triangle. Le başörtüsü est le mot général pour le voile couvrant la tête. Dans la pratique, les deux termes sont employés l’un pour l’autre.
Les hommes portent-ils un habit religieux particulier ?
La plupart s’habillent à l’occidentale. La takke, calotte blanche, se porte à la prière, et la cübbe est surtout celle de certains imams. Les usages varient selon les régions, l’âge et les convictions de chacun.
